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L'autophagie
: un mécanisme de survie et de mort cellulaire
Patrice Codogno
INSERM U504, Institut André Lwoff, Université Paris XI,
16 avenue Paul-Vaillant-Couturier 94807 Villejuif Cedex
resumé
La macroautophagie ou autophagie est une voie majeure du catabolisme
lysosomique qui permet la dégradation de macromolécules
et d'organites cellulaires chez les eucaryotes. La découverte
des bases moléculaires de l'autophagie a montré son importance
au cours du développement, dans le contrôle de la longévité
et dans des processus pathologiques comme le cancer, les maladies neurodégénératives
et certaines formes de myopathies. L'autophagie est un mécanisme
de survie cellulaire lors de périodes de jeûne. Cette "
autophagie nutritionnelle ", inhibée par les acides aminés,
s'oppose à la mise en place d'un programme d'apoptose. L'autophagie
est aussi décrite comme un mécanisme de mort appelée
mort autophagique qui se distingue de l'apoptose par ses critères
morphologiques et moléculaires. La situation est souvent complexe
car la cellule peut utiliser à la fois la machinerie apoptotique
et autophagique pour disparaître.
Summary : Autophagy in cell survival and death
Macroautophagy hereafter referred to as autophagy is a major lysosomal
catabolic pathway for macromolecules and organelles conserved in eukaryotic
cells. The discovery of the molecular basis of autophagy has uncovered
its importance during development, life extension and in pathologies
such as cancer, certain forms of myopathies and neurodegenerative disease.
Autophagy is a cell survival mechanism during starvation that is controlled
by amino acids. Starvation-induced autophagy is an anti-apoptotic mechanism.
However autophagy is also an alternative to apoptosis through autophagic
cell death. In many situations apoptosis and autophagy can both contribute
to cell dismantlement.
Approches génétiques des mécanismes moléculaires
de mort cellulaire programmée chez Dictyostelium
David Lam & Pierre Golstein
Centre d'Immunologie de Marseille-Luminy, INSERM-CNRS-Université
de la Méditerranée, Parc Scientifique de Luminy, Case
906, 13288 Marseille Cedex 9, France.
Résumé
Les morts cellulaires indépendantes des caspases ont été
découvertes dans de nombreuses espèces dont l'homme. Cependant,
les mécanismes qui les gouvernent sont encore relativement peu
connus. Nos travaux actuels portent sur un organisme modèle,
le protiste Dictyostelium discoideum, qui présente au cours de
son développement un type de mort caspase-indépendant.
En milieu riche, Dictyostelium se multiplie comme un organisme unicellulaire,
mais en condition de carence, les cellules Dictyostelium s'agrègent,
se différencient et subissent un développement aboutissant
à une structure multicellulaire, appelée sorocarpe, composée
d'une masse de spores soutenue par une tige. Les cellules de la tige
sont considérées comme mortes sur la base de non-repousse
en milieu riche et se trouvent être vacuolisées. Il s'agit
donc d'une mort cellulaire programmée vacuolaire développementale,
et de plus, caspase-indépendante puisqu'il n'existe pas de gènes
caspases dans le génome de Dictyostelium. Afin d'étudier
cette mort cellulaire dans un contexte expérimental plus favorable,
un protocole in vitro a été adapté, qui nous a
permis de décrire la cascade d'évènements morphologiques
au cours de cette mort. Par une approche de mutagénèse
insertionnelle, suivie d'une sélection appropriée de mutants
potentiellement résistants à la mort, nous tentons actuellement
d'établir la cascade d'évènements moléculaires
aboutissant à la mort vacuolaire des cellules de Dictyostelium.
Une meilleure compréhension des voies de morts caspases-indépendantes
contribuera, à long terme, à l'élaboration de nouveaux
traitements visant à contrôler les différents types
de morts cellulaires dans les cas de cancers ou bien de maladies neurodégénératives.
Dans cette courte revue, nous rappelerons très brièvement
quelques généralités sur le développement
de Dictyostelium et nous insisterons sur les particularités de
la mort cellulaire programmée chez Dictyostelium, et sur les
moyens génétiques mis en oeuvre pour en élucider
les mécanismes moléculaires.
Summary
Genetic approaches to molecular mechanisms of programmed cell death
in Dictyostelium
Caspase-independent cell deaths have been observed in many species including
the human. However, the molecular mechanisms which govern them are largely
unknown. Our present work makes use of a model organism, the protist
Dictyostelium discoideum, which shows a caspase-independent cell death
during its development. In rich medium, Dictyostelium multiplies vegetatively
as a unicellular organism, but in starvation conditions, Dictyostelium
cells aggregate, differentiate and morphogenize into a multicellular
structure, called sorocarp, containing a mass of spores supported by
a stalk. Cells in the stalk are considered dead on the basis of non-regrowth
in rich medium and are vacuolized. This programmed cell death is therefore
developmental and vacuolar, and in addition, caspase-independent since
the Dictyostelium genome does not contain caspases genes. In order to
study in detail this cell death without induction of development, an
in vitro experimental protocol has been adopted, which enabled us to
describe the cascade of morphological events during this cell death.
An insertional mutagenesis approach, followed by appropriate selection
or screening of mutants potentially resistant to death, attempts at
establishing the cascade of molecular events leading to vacuolar death
of Dictyostelium cells. A better understanding of alternative death
pathways may allow to control different types of cell deaths in the
cases of cancers or neurodegenerative diseases. In this short review,
we will discuss briefly some generalities about the development of Dictyostelium
in starvation conditions, and we will focus on the course of programmed
cell death in Dictyostelium and on the genetic tools used to elucidate
the corresponding molecular mechanisms.
L'ERYTHROPOÏESE
: UN PARADIGME POUR L'ETUDE DU ROLE DES CASPASES DANS LA MORT ET LA
DIFFERENCIATION CELLULAIRE
ERYTHROPOIESIS: A PARADIGM FOR THE ROLE OF CASPASES IN CELL DEATH AND
DIFFERENTIATION
J.A.
Ribeil, Y. Zermati, J. Vandekerckhove, M. Dussiot, J. Kersual, O. Hermine.
CNRS UMR 8147 et Département d'Hématologie, Faculté
de Médecine et Université René Descartes Paris
V, Hôpital NECKER, France, 75743 CEDEX 15..
Résumé :
La différenciation érythroïde est sous la dépendance
du facteur de transcription GATA-1 qui régule l'expression des
gènes érythroïdes (hémoglobine, glycophorine,
récepteur à l'érythropoïétine) et de
l'érythropoïétine. La différenciation érythroïde
terminale est caractérisée par des modifications morphologiques
comprenant une réduction progressive du volume cellulaire et
du noyau associée à une condensation marquée de
la chromatine. Les changements morphologiques sont en partie similaires
à ceux qui sont observés au cours de l'apoptose. La production
de globules rouges dépend du taux d'apoptose des progéniteurs
et des précurseurs érythroïdes. La privation en érythropoïétine
ou l'induction de la voie Fas aboutissent à l'activation de la
caspase-3, ce qui a pour conséquence la protéolyse de
GATA-1, et l'arrêt de maturation et l'apoptose des érythroblastes
immatures. Récemment nous avons mis en évidence, qu'en
présence d'érythropoïétine, l'activation de
la caspase-3 est également indispensable aux modifications morphologiques
caractéristiques observées au cours de la différenciation
érythroïde terminale humaine. Les protéines clivées
par les caspases, lors de l'érythropoïèse, comprennent
la Lamine B et Acinus impliquées dans la condensation de la chromatine.
Par contre, alors que la caspase-3 est activée, le clivage de
GATA-1 et l'apoptose ne sont pas obsevées. Ainsi, le devenir
des précurseurs érythroïdes est déterminé
en aval de l'activation des caspases en fonction des substrats qu'elles
clivent. Il semble donc qu'il y ait des mécanismes de protection
sélective des substrats des caspases activées lors de
l'érythropoïèse. Cette nouvelle fonction des caspases
depuis été décrite dans d'autres systèmes
hématopoïétiques et non hématopoïétiques
que nous décrirons dans cette revue.
summary :
Erythroid differentiation process involves the transcription factor
GATA-1 that positively regulates promoters of erythroid genes (including
haemoglobin, glycophorin, erythropoietin receptor) and erythropoietin.
Terminal erythroid differentiation is characterized by major morphological
changes that include chromatin condensation and cell size reduction.
The morphological changes are partially similar at least to those observed
during apoptosis. The production of red cells depends on the apoptosis
rate of erythroid progenitors and precursors. Upon erythropoietin starvation
or engagement of the death receptor Fas, caspases are activated in erythroid
precursors and cleaved GATA-1, thus inducing maturation arrest and apoptosis
of immature erythroblasts. We have recently demonstrated that, upon
erythropoietin stimulation, caspase-3 was also activated, an event required
for human terminal erythroblast maturation. The proteins cleaved by
caspases in erythroid cells undergoing terminal differentiation include
Lamin B and Acinus, which are involved in chromatin condensation. In
contrast, despite caspase-3 activation neither GATA-1 degradation nor
apoptosis was observed. Thus, the fate of erythroid precursors is determined
downstream of caspase activation by the pattern of cleaved targets.
Therefore, there are some mechanisms underlying the selective protection
of caspase-3 targets during erythropoiesis. This model in which caspases
activation is required for differentiation may apply to other haematopoietic
or non haematopoietic cellular systems which are described in this review.
Modifications de la membrane mitochondriale externe au cours de l'apoptose
Safa Lucken-Ardjomande, Sylvie Montessuit et Jean-Claude Martinou*
Département de biologie cellulaire, Université de Genève,
30 quai Ernest-Ansermet, 1211 Genève 4, Suisse
Jean-Claude Martinou@cellbio.unige.ch
Résumé :
Les mitochondries sont impliquées dans de nombreuses voies de
signalisation de l'apoptose. Suite à la perméabilisation
de leur membrane externe par des membres pro-apoptotiques de la famille
Bcl-2, elles libèrent plusieurs protéines apoptogènes,
dont le cytochrome c, qui contribuent à l'activation des caspases.
Les mécanismes responsables de la perméabilisation membranaire
mitochondriale sont encore mal compris. Leur étude a abouti à
la construction de plusieurs modèles qui sont analysés
dans cette revue.
Summary :
Mitochondria are involved in many apoptotic responses. Following permeabilization
of their outer membrane, they release many apoptogenic proteins, including
cytochrome c, which contribute to caspase activation. The mechanisms
responsible for membrane permeability are not completely understood.
Here, we briefly review the mechanisms that have been proposed to explain
this phenomenon.
Maladie
de Huntington : signalisation intracellulaire et mort neuronale
Par Sandrine Humbert & Frédéric Saudou
UMR 146 CNRS / Institut Curie, Bât. 110, Centre Universitaire,
F-91405 Orsay, France.
Résumé :
La présence d'une expansion anormalement importante de l'acide
aminé glutamine (polyQ) dans la protéine huntingtine conduit
à la maladie de Huntington. Aucun traitement n'est disponible
à l'heure actuelle pour retarder les symptômes de cette
maladie neurodégénérative.
L'étude de voies de signalisation régulant la mort neuronale
dans HD a permis de montrer l'importance de la phosphorylation dans
la maladie de Huntington. La voie IGF-1/Akt/SGK inhibe la toxicité
induite par la huntingtine-polyQ. L'effet anti-apoptotique de cette
voie est médié par la phosphorylation directe de la sérine
421 de la huntingtine. De plus, des composants de cette voie sont altérés
au cours de la pathologie.
Quelle est la fonction de la huntingtine ? Plusieurs études montrent
que la huntingtine est une protéine anti-apoptotique impliquée
dans la dynamique intracellulaire. Nous avons récemment trouvé
que la huntingtine stimule le transport des vésicules contenant
un facteur neurotrophique, le BDNF (brain-derived neurotrophic factor).
Ce mécanisme fait intervenir un complexe constitué de
la huntingtin-associated protein-1, HAP1, et de la sous-unité
p150Glued de la dynactine. Cette fonction de la huntingtine dans le
transport est perdue lorsque celle-ci contient une expansion anormale
de glutamines. L'altération du transport de BDNF a pour conséquence
une diminution du support trophique et conduit à la mort cellulaire.
Huntington's
disease : molecular pathways and neuronal death
Summary :
Huntington's disease (HD) is a mid-life onset neurodegenerative disorder
characterized by unvoluntary movements (chorea), personality changes
and dementia that progress to death within 10-20 years of onset. There
are currently no treatment to delay or prevent appearance of the symptoms
in the patients. The defective gene in HD contains a trinucleotide CAG
repeat expansion within its coding region that is expressed as a polyglutamine
(polyQ) repeat in the protein huntingtin. The exact molecular mechanims
by which mutant huntingtin induces cell death as well as the function
of huntingtin are not totally understood.
Studying mechanisms by which polyQ-huntingtin induces neurodegeneration
has shown that phosphorylation plays a key role in HD. The IGF-1/SGK/Akt
pathway reduces polyQ-huntingtin induced toxicity. This anti-apopototic
effect is mediated via the phosphorylation of serine 421 of huntingtin.
Moreover, components of this pathway are altered in disease.
What is the function of huntingtin? Several studies indicate that huntingtin
is an anti-apoptotic protein that could regulate intracellular dynamic.
We recently demonstrated, that huntingtin specifically enhances vesicular
transport of brain-derived neurotrophic factor (BDNF) along microtubules.
Huntingtin-mediated transport involves Huntingtin-Associated Protein-1
(HAP1) and the p150Glued subunit of dynactin, an essential component
of molecular motors. BDNF transport is attenuated both in the disease
context and by reducing the levels of wild-type huntingtin. The alteration
of the huntingtin/HAP1/p150Glued complex correlates with reduced association
of motor proteins with microtubules. Finally, polyQ-huntingtin-induced
transport deficit results in the loss of neurotrophic support and neuronal
toxicity.
La mort cellulaire programmée :
Histoire et avenir d'un concept
Richard A.Lockshin, Department of Biological Sciences, St John's
University, 8000 Utopia Parkway, Queens, N.Y. 11439 USA
Résumé :
La mort cellulaire est connue et comprise depuis le 19ème siècle,
mais les études expérimentales n'ont commencé qu'au
milieu du 20ème siècle. Vers les années 1960, plusieurs
laboratoires montraient que la mort cellulaire est programmée
de façon biologique et que les manifestations en sont communes
à plusieurs types de mort cellulaire mais n'ont pas d'explication
évidente, en particulier dans le cas de l'apoptose. En 1990 on
connaissait l'origine génétique de la mort programmée
et les premiers composants de la machinerie de la mort cellulaire (caspase
3, bcl-2 et Fas) étaient identifiés, séquencés,
et reconnus comme hautement conservés. Le développement
rapide de la recherche dans ce domaine nous a livré une bonne
compréhension de la façon dont la mort cellulaire s'accomplit.
Néanmoins, afin d'exploiter cette compréhension dans des
buts thérapeutiques, il nous faut encore beaucoup apprendre sur
la manière dont une cellule s'engage sur la voie de la mort.
Nous devons également reconnaître que l'apoptose est peut-être
le mode le plus habituel et le plus efficace de mort cellulaire, mais
qu'il y a des voies alternatives, qui peuvent se terminer par la mort
cellulaire même quand la voie apoptotique est bloquée.
Il est intéressant de noter que la plupart des arguments et erreurs
sur ce sujet ont été anticipés par Claude Bernard,
dont les mises en garde et les recommandations restent valables à
ce jour.
Summary : Programmed cell death : history and future of a
concept
Cell death was observed and understood since the 19th century, but there
was no experimental examination until the mid-20th Century. Beginning
in the 1960's, several laboratories demonstrated that cell death was
biologically controlled (programmed) and that the morphology was common
and not readily explained (apoptosis). By 1990 the genetic basis of
programmed cell death had been established and the first components
of the cell death machinery (caspase 3, bcl-2 and fas) had been identified,
sequenced, and recognized as highly conserved in evolution. The rapid
development of the field has given us substantial understanding of how
cell death is achieved. However, capitalizing on our knowledge for therapeutic
purposes requires us to learn much more about how a cell commits to
death, as well as recognizing that apoptosis may be the most common
and efficient means of death, but that there are alternative pathways
that can result in cell death even when the conventional pathway is
blocked. Interestingly enough, many of the arguments and missteps in
the history of the field were anticipated by Claude Bernard, and his
warnings and recommendations remain valid today.
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